LA FORCE DE LA PAROLE
Assistant Manager | 1 an et 1 mois
Le contexte : Une petite boîte sous pression
La Force de la Parole, c’est une structure à taille humaine (juste ma manager et moi). Elle donne les cours d’éloquence dans les grandes écoles et associations, et moi je gère tout le reste : création de devis, relances de clients, suivi du portefeuille, gestion administrative, coordination avec les associations partenaires. Un travail de coulisse invisible mais essentiel qui permet à la boîte de tourner et de croître.
On trouvait nos clients par deux canaux : soit via le réseau d’associations et d’écoles partenaires (inbound naturel), soit par démarches directes auprès de nouvelles organisations (outbound). Mon rôle était de transformer ces opportunités en contrats et de maintenir la relation avec les clients existants pour les relancer sur des interventions futures.
On trouvait nos clients par deux canaux: soit via le réseau d’associations et d’écoles partenaires (inbound naturel), soit par démarches directes auprès de nouvelles organisations (outbound). Mon rôle était de transformer ces opportunités en contrats et de maintenir la relation avec les clients existants pour les relancer sur des interventions futures.
Le problème : Quand la croissance heurte la réalité administrative
Un jour, tout s’est accumulé simultanément. Plusieurs clients en même temps qui demandaient des interventions (pics saisonniers dans les écoles). Un problème administratif avec l’État français qui nous bloquait (paperasse, certifications, dossiers incomplets), quelque chose qu’on ne pouvait pas résoudre en deux jours. Ma manager, elle, avait ses cours à donner (elle ne peut pas négliger sa prestation, c’est la source de crédibilité). Moi, je me retrouvais à jongler entre les urgences : relances de devis, incidents clients, problèmes administratifs, sans vraiment savoir où était la priorité réelle.
C’était du chaos organisé. Pas une crise dramatique, mais une lenteur systémique. Les clients attendaient des réponses, les relances traînaient, on perdait du temps à se demander « c’est quoi qu’on oublie ? »
L’anecdote qui a changé les choses : Du chaos à la structure
Je me suis posé une question simple mais décisive : « Comment on gère vraiment le chaos ? Comment on sait ce qui est urgent et ce qui peut attendre ? »
La réponse n’était pas spectaculaire : un système de ticketing maison, une base de données simple où on loggait le problème exact (client qui demande une intervention, devis à relancer, dossier administratif bloqué), le temps de résolution approximatif (urgent = 24h, moyen terme = 1 semaine, long terme = peut attendre), et l’impact immédiat (perte de revenue potentielle, frustration client, blocage administratif).
Pourquoi c’était important ? Parce que sans cette vision globale, on réagissait au dernier email reçu, pas aux vraies priorités.
En une semaine, on a trié tous les incidents en cours. Les clients ont reçu leurs réponses, les relances ont avancé, l’État a eu ses papiers. Mais surtout, on avait créé un outil qui marche encore aujourd’hui.
L’héritage : Un système qui survit à mes départs
Deux ans après que j’ai quitté La Force de la Parole, cet outil est toujours en production. Ma manager l’utilise quotidiennement pour garder un log complet des incidents (quand on a eu telle demande, combien de temps ça a pris, qui a géré), prévoir les tendances (savoir quand ça va être chaotique d’après les données historiques, identifier quels clients génèrent le plus de friction ou de volume), et améliorer la réactivité (savoir en 5 minutes où sont les vrais blocages au lieu de 30 min d’appels).
Ce n’est pas glamour comme « réalisation », mais c’est la vraie valeur : je n’ai pas « résolu une crise », j’ai construit quelque chose qui empêche les crises de revenir. C’est la différence entre éteindre un feu et enlever l’essence.
Les acteurs et les interactions
Ma manager restait focus sur la prestation (les cours), c’était sa valeur. Moi, j’ai pris le poids opérationnel. Les clients recevaient de meilleures réponses parce qu’on avait une vraie vue. L’État français a eu ses dossiers parce qu’on savait où on en était. Le système a créé une boucle de feedback : chaque incident loggé aidait à anticiper les suivants.
Mon regard critique : Ce que j’ai vraiment gagné
Face à l’incertitude : Quand tout s’effondre en même temps, la panique est inutile et la paralysie encore moins. J’ai appris à prendre du recul et identifier la structure cachée dans le chaos. Le ticketing, ce n’était pas « une solution complexe qu’on vend », c’était « l’identification simple du problème réel ». Beaucoup de gens voient du désordre et réagissent. J’ai vu du désordre et demandé : « Pourquoi c’est désordonné ? »
Esprit critique : Au lieu de suivre les relances à la va-vite (répondre au dernier email), j’ai remis en question la méthode entière. « Comment on sait ce qui est vraiment urgent ? Comment on mesure l’impact ? Comment on évite que ça se reproduise chaque mois ? » Ces questions ont créé l’outil, pas l’inverse.
Gestion de portefeuille clients : Maintenir des relations avec 15 à 20 organisations différentes, ce n’est pas « une liste d’emails ». C’est comprendre leur cycle (quand les écoles demandent des interventions), leurs attentes (certaines veulent du suivi, d’autres juste des devis), leurs priorités. Chaque relance devait être intelligente, pas spam.
Créer de la prévisibilité : Je ne pouvais pas résoudre le problème administratif avec l’État (ce n’était pas mon rôle), mais je pouvais éliminer le problème qu’il créait : l’improvisation quotidienne et l’absence de vision. Une fois qu’on voyait clairement « ah, le blocus administratif va nous paralyser 2-3 semaines », on pouvait anticiper et compenser auprès des clients.
Les résultats concrets
Pour moi : J’ai appris qu’une bonne structure résout plus qu’une bonne intention. Tu as beau vouloir bien faire, sans outil et sans vue claire, tu ne changes rien. J’ai compris que la valeur d’un assistant, c’est de décharger, mais aussi d’améliorer. Pas juste faire du travail, mais faire du travail qui crée un héritage.
Pour La Force de la Parole : Résolution des incidents en 1 semaine au lieu de « ça traîne indéfiniment ». Un log permanent des clients et des cycles pour mieux anticiper les périodes de charge. Un système qu’on peut dupliquer si la boîte grandit (recruter quelqu’un après moi, il a déjà le système).
Pour les clients : Meilleure réactivité sur les devis et les relances. Moins d’ambiguïté sur les timelines et les étapes.
Et aujourd’hui ?
Même après mon départ, ma manager m’a dit que l’outil tourne encore. Elle l’utilise pour tracker les incidents (jamais oublié un truc qui était déjà arrivé), prévoir les pics (elle sait que septembre-octobre ça va être fou, elle peut se préparer), et recruter intelligemment (si elle embauche quelqu’un après, le nouveau a une doc complète du passé).
C’est cool de voir que tu as créé quelque chose qui te survit.
Compétences rattachées à cette réalisation
- Face à l’incertitude (gestion du chaos, prise de recul)
- Esprit critique (remise en question de la méthode)

